À une jeune fille
En mai, lorsque la brise douce
Émaille les prés verts
Et berce dans leur lit de mousse
Les bluets entr'ouverts ;
Quand au sommet de chaque branche,
Une petite fleur
De sa fraîche corolle épanche
La suave senteur ;
L'âme murmure une prière
Vers le Maître éternel
Qui laisse tomber sur la terre
Un reflet de son ciel.
Puis, quand vient la chaude journée,
La fleur au teint vermeil
Penche sa corolle fanée
Sous les feux du soleil.
Enfin lorsqu'elle tombe et passe,
Nous bénissons encor
Le Seigneur qui fait, à sa place,
Mûrit le beau fruit d'or.
Enfant, qui de la fleur nouvelle
Reflète la fraîcheur,
Bénis Dieu, puisqu'il te fit belle :
Mais, au fond de ton cœur,
Garde, mieux que la fleur brillante,
Ce précieux trésor,
La bonté qui te fait charmante :
C'est là le vrai fruit d'or.
Napoléon Legendre
Gitane
J'aime ton corps si beau, comme tes dents nacrées,
Ta chevelure d'or qui ondoie quand tu danses,
Les parfums odorants qui, sur ta peau ambrée,
Exaltent des senteurs quand tu joues en cadence.
tes yeux, tes yeux si noirs, qui semblent si rêveurs,
Sont deux tisons brûlants quand y luit la colère.
Dans le creux de tes reins, s'écoule une rivière :
Un doux vin de Bohème où vacille mon cœur.
Tu marques le tempo du bout de ton pied fin,
En fredonnant, tout bas, un air mélancolique,
Voici que tourbillonne ta robe en satin,
Dévoilant, vaillamment, des jambes magnifiques.
Même lorsque tu vas, on dirait que tu voles
Comme le sable blond aux portes du désert
Et tes seins arrondis tout comme des corolles
Oscillent, mollement, aussi légers que l'air.
Les joues et l’œil en feu, tu danses souveraine,
T'accompagnant, ravie, au son du tambourin
Et ton rire moqueur qui fuse dans l'arène
Rebondit dans mon cœur apaisant mon chagrin.
Cypora Sebagh
Rosette en mai
Au mois de mai, j'ai vu Rosette,
Et mon cœur a subi ses lois.
Que de caprices la coquette
M'a fait essuyer en six mois !
Pour lui rendre enfin la pareille,
J'appelle octobre à mon secours.
Au printemps, adieu la bouteille !
En automne, adieu les amours !
Je prends, quitte et reprend Adèle,
Sans façons comme sans regrets.
Au revoir, un jour me dit-elle ;
Elle revient longtemps après.
J'étais à chanter sous la treuille :
Ah ! dis-je, l'année a son cours.
Au printemps, adieu la bouteille !
En automne, adieu les amours !
Mais il est une enchanteresse
Qui change à son gré mes plaisirs.
Du vin elle excite l'ivresse,
Et maîtrise jusqu'aux désirs.
Pour elle ce n'est pas merveille
De troubler l'ordre de mes jours,
Au printemps avec la bouteille,
En automne avec les amours.
Pierre-Jean de Béranger