Déjà la première hirondelle,
Seul être aux ruines fidèle,
Revient effleurer nos créneaux,
Et des coups légers de son aile
Battre les gothiques vitraux
Où l'habitude la rappelle.
Déjà l'errante Philomène
Modulant son brillant soupir,
Trouve sur la tige nouvelle
Une feuille pour la couvrir,
Et de sa retraite sonore
Où son chant seul peut la trahir,
Semble une voix qui vient d'éclore
Pour saluer avec l'aurore
Chaque rose qui va s'ouvrir.
L'air caresse, le ciel s'épure,
On entend la terre germer ;
Sur des océans de verdure
Le vent flotte pour s'embaumer ;
La source reprend son murmure ;
Tout semble dire à la nature :
" Encore un printemps pour s'aimer ! "
Alphonse de Lamartine
Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans
Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.
Ton regard dit : " Matin," et ton front dit " Printemps. "
Il semble que ta main porte un lys invisible.
Don Juan te voit passer et murmure : " Impossible ! "
Sois belle. Sois bénie, enfant, dans ta beauté.
La nature s'égaie à toute ta clarté ;
Tu fais une lueur sous les arbres ; la guêpe
Touche ta joue en fleur de son aile de crêpe ;
La mouche à tes yeux vole ainsi qu'à des flambeaux.
Ton souffle est un encens qui monte au ciel. Lesbos
Et les marins d'Hydra, s'ils te voyaient sans voiles,
Te prendraient pour l'Aurore aux cheveux pleins d'étoiles.
Les êtres de l'azur froncent leur pur sourcil
Quand l'homme, spectre obscur du mal et de l'exil,
Ose approcher ton âme, aux rayons fiancée.
Sois belle. Tu te sens par l'ombre caressée,
Un ange vient baiser ton pied quand il est nu,
Et c'est ce qui te fait ton sourire ingénu.

La maison du poète
Dans la maison du poète,
les oiseaux jamais ne s'ennuient
car il n'y a ni cage ni piège
ni lit de plume
et les fenêtres sont toujours ouvertes,
la nuit comme le jour,
l'hiver comme l'été.
Dans les chambres sont dressés
de beaux arbres de lumière
pour que les oiseaux se posent
et racontent leurs voyages
dans leur langage d'oiseau.
Et le poète fatigué,
couché sur son vieux lit de paille,
écoute les oiseaux chanteurs
tisser pour lui tendrement
la dentelle de ses poèmes.
J.Joubert