A une jeune fille
Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle,
Enfant ! n'enviez point notre âge de douleurs,
Où le cœur tour à tour est esclave et rebelle,
Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs.
Votre âge insouciant est si doux qu'on l'oublie !
Il passe, comme un souffle au vaste champ des airs,
Comme une voix joyeuse en fuyant affaiblie,
Comme un alcyon sur les mers.
Oh ! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées !
Jouissez du matin, jouissez du printemps ;
Vos heures sont des fleurs l'une à l'autre enlacées ;
Ne les effeuillez pas plus vite que le temps.
Laissez venir les ans ! Le destin vous dévoue,
Comme nous, aux regrets, à la fausse amitié,
A ces maux sans espoir que l'orgueil désavoue,
A ces plaisirs qui font pitié.
Riez pourtant ! du sort ignorez la puissance
Riez ! n'attristez pas votre front gracieux,
Votre œil d'azur, miroir de paix et d'innocence,
Qui révèle votre âme et réfléchit les cieux !
Victor Hugo
À l'aube du printemps
À l'aube du printemps,
Comme un coucou malin,
Dans le douillet du nid
D'une grive insouciante,
Entre les œufs bleutés,
J'ai glissé mon poème
Pour qu'il sache chanter.
Et maintenant j'attends
L'éclosion avec hâte
Pour savoir si mes mots
Sauront aussi voler.
Paul Bergèse
Les iris
Des iris bleus, des iris jaunes
Timides s'ouvrent sous les aulnes.
Ils paraissent tout étonnés
Un matin d'avril d'être nés.
Ces fleurs honteuses d'être nues
Ont les frayeurs des ingénues.
Le vol léger d'un gai pinson
Leur fait passer un lent frisson.
Contre les brises matinales
Elles raidissent leurs pétales.
Une jeune fille en passant
Coupe les iris et les sent.
Les lie avec un soin extrême
En murmurant un nom qu'elle aime.
Jacques-Marie Rougé
Monsieur Printemps
Monsieur Printemps est un bel homme
Toujours pimpant frais et dispos
Il enfile son habit vert pomme
Et n'est jamais en repos
Il met son nez à la fenêtre
Dès que revient le mois d'avril
Et dit tout haut : "quel temps fait-il ?
Voici le moment de paraître "
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps
Revenez-nous et pour longtemps
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps
Restez chez nous encore longtemps
Voici que la rosée en perles
Brille partout sur les gazons
Les papillons ouvrent leurs ailes
Et au-dessus font des tourbillons
Les oisillons font des aubades
Et disent bonjour au soleil
En criant "voilà le réveil
Rions ! Chantons ! les camarades ! "
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps
Revenez nous et pour longtemps
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps