
La Saint Valentin
Février vient, c'est la Saint Valentin,
Février vient, il fait rougir les saules,
Et sous les rais d'un soleil argentin,
Encor frileux découvre ses épaules.
Dès qu'au ciel gris, c'est la Saint Valentin,
Dès qu'au ciel gris, un peu d'aube prochaine,
Un pli d'argent et de jour indistinct
Ont soulevé les ombres sur la plaine,
Tous les oiseaux, c'est la Saint Valentin,
Tous les oiseaux, rouge-gorges, fauvettes,
Merles, geais, pics, tout le peuple mutin
Des moineaux francs, les vives alouettes,
Se réveillant, c'est la Saint Valentin,
Se réveillant, et secouant leurs plumes,
D'un fou désir et d'un vol incertain
Se sont cherchés dans les dernières bruines.
Dans les buissons, c'est la Saint Valentin,
Dans les buissons, les lierres et les haies
Où le houx vert offre un rouge festin,
Dans les roseaux, les halliers, les coudraies.
Dans les vieux murs, c'est la Saint Valentin,
Dans les vieux murs, pleins d'heureuses nouvelles,
Ce fut des cris, des chants, un bruit lointain
De gazouillis et de battements d'ailes.
Tous échangeaient, c'est la Saint Valentin,
Tous échangeaient, en palpitant de joie,
Maint propos tendre ou leste ou libertin,
Après lesquels il faut qu'on se tutoie.
De temps en temps, c'est la Saint Valentin,
De temps en temps, se détachait un couple ;
Et tous les deux avaient bientôt atteint,
Pour y causer tous seuls, un rameau souple.
Puis ils cherchaient, c'est la Saint Valentin,
Puis ils cherchaient les branches élevées
Ou l'humble touffe où blottir leur destin,
Et faire un nid aux futures couvées.
Et tout le jour, c'est la Saint Valentin,
Et tout le jour ce fut des mariages,
Conclus sans prêtre et francs de sacristain,
Et dont les lits sont les premiers feuillages.
Voici le soir, C'est la Saint Valentin,
Voici le soir, sortant de ses repaires
L'ombre a rampé vers le soleil éteint :
Tous les oiseaux sont endormis par paires.
Auguste Angellier
l'Amour, c'est rire
C'est sourire
C'est grandir
C'est s'embellir
C'est mûrir
Et vieillir
Et surtout c'est vivre...
Nicolas Charlier
Le dernier rendez-vous
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants...
Et comme chaque jour je t'aime d'avantage
- Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain -
Qu'importeront alors les rides du visage,
Si les mêmes rosiers parfument le chemin...
C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main,
Car vois-tu, chaque jour je t'aime d'avantage :
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain ! ...
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec des yeux remplis des pleurs de nos vingt ans...
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Rosemonde Gérard